NORTHERN RAILWAY

 

 

Vers un pays du Nord sous l’arche des nuées,

Loin de l’Europe aride aux cheminées sanguinolentes,

Loin des grands ponts de fer sonores, des cris anxieux,

Des linges bleus séchant au fond des cours dormantes,

Un rêve de candeur s’engage sous les cieux –

 

Tournez collines d’air, châteaux sitôt évanouis

Où nous eussions écrit de si touchantes élégies

En l’honneur de Katie, Maud, Maggie ou Elsie

N’est-ce pas près d’ici que le Poète au cœur d’enfant

Voyait danser – même sans vent – des foules de jonquilles

Pareilles à de très jeunes filles

Afin de consoler son cœur souffrant ?

 

Mais vois !

L’eau du loch se trouble et fonce, l’ombre des beaux nuages

Caresse le velours des bruyères fleuries

Dont le mauve est couleur de la mélancolie…

 

(molto dolce e quasi largo)

Un grand oiseau    au ras des flots    bat lentement    ses ailes blanches

 

Souviens-toi, souviens-toi !

Comme criait l’oiseau des mers sur la Tamise…

Jours lointains, jours enfuis…

O mon amie,

Là-bas on dit qu’il est de très sombres vallons

Sans un seul arbre, où, certains jours, sonne en bourdon

Le bag-pipe des nuées,

C’est l’écho, ô Glencoe, des terribles mêlées

De jadis. Oh ! là-bas, nous deux,

Dire ou chanter tout bas, les pieds devant le feu,

Des mots pleins de soleil par un jour pluvieux…

 

 

1948 – 27 novembre 1994