CHANT DE GRÂCE POUR CÉLÉBRER LE RIVAGE MARIN

 

 

Je te louerai, Seigneur, pour le rivage admirable de l’Océan.

Là, couronné d’écumes et de vent, il célèbre avec la Terre ses noces perpétuelles.

Entre les promontoires jetés vers lui comme des bras ouverts, il s’avance, elle ne résiste plus,

Mais doucement s’incline à sa rencontre.

Lui, comme un prince d’Orient un peu pirate,

Il renverse à ses pieds ses coffres de merveilles, étoiles, coquillages ; étale ses festons d’algues et ses guirlandes de goémons,

Et, menant sous le soleil et sous la lune ses danses et ses chants,

Tant la caresse et tant la baise et tant parfaitement l’épouse

Qu’elle en devient toute douce et dorée.

 

Je te louerai, Seigneur, pour le Sable, fruit de leurs amours,

Le sable tiède en surface, frais dans la profondeur, le sable compact et subtil, docile et fugace,

Immense et vierge album où l’enfance du monde éternellement dessinera ses rêves,

Croulantes tours, jardins de nacre et d’algue, bestiaires secrets, chiffres du cœur, paradis retrouvés,

Noms chéris qu’a tracés la pelle vagabonde…

Et quand la pluie, les pas, le vent ou la colère

Auront brouillé comme à l’envi le poème du jour,

La mer, pendant la nuit, viendra tout effacer

Pour que le jour qui naîtra recommence, -

Image du pardon et de ton grand amour…

Mais la plage est aussi le théâtre très pur

Où l’homme, ayant quitté son personnage avec son vêtement,

Se dresse, sur fond de ciel ou de mer, dans toute sa simplicité et sa gloire d’enfant de Dieu.

Il a retrouvé son âme enfantine et le voilà qui joue à lancer vers le ciel

Balle, anneau, cerf-volant, choses légères comme son âme,

Il rit dans la lumière et dans l’immensité de l’espace, son royaume,

Et les anges qui regardent se réjouissent dans leur cœur.

Je te louerai, Seigneur, pour mon frère retrouvé.

Il est sans orgueil, il n’a plus honte de son corps,

Car voici que toute la nature l’aime, et tous les éléments pour leur seigneur le reconnaissent.

Le sable est doux à ses pieds nus et creuse un lit à sa mesure.

Image de ton inépuisable générosité, le soleil

Doucement le retourne entre ses paumes radieuses

Afin qu’il soit doré comme le soir des jours heureux. –

Que son baiser se fasse trop ardent, la brise afflue, chargée d’humidité marine,

Qui l’enveloppe en sa fraîche caresse, regonfle sa poitrine,

Enfle sa voile et fait son cœur aventureux.

 

Mais comment ne chanterais-je pas sur le mode majeur

La plus glorieuse, Seigneur, de toutes tes merveilles,

Cet Océan qui sous sa brillante chape cache tant d’étonnantes créatures,

Seule image supportable que tu nous aies donnée de ta puissance créatrice et de ton immensité.

Un souffle est venu du large, à son appel

L’Homme s’est éveillé de sa couche de sable, il se dresse, il bondit !

Venez, venez, il y a place pour tous dans le grand bain de Dieu !

Aux âmes timides et aux petits les rieuses vaguelettes se culbutant sur les mollets,

Et le lait pétillant de l’écume sur le sable,

Aux hardis et aux forts, là-bas, ces vagues embrassées d’un geste large !

 

Mais moi, ayant saoulé mon cœur du spectacle de tant de vie et de bonheur

Ayant laissé tourner avec les heures la grand roue des rayons et des ombres, des vents et des nuages,

Rien ne me plaît mieux, ce soir, que de tenir unies dans mon regard reconnaissant

Toutes les splendeurs que j’ai dites,

D’en faire hommage, non à vingt divinités bornées : Vénus, Neptune, Éole ou Apollon,

Mais, par cette gerbe unique, à Toi seul, Seigneur.

Alors, d’un cœur content, je voyage en esprit,

Au-delà de ces caps et des îles lointaines,

Jusqu’à cette ligne égale et pure de l’horizon derrière lequel la merveille se renouvelle,

Cette justice ardente, cette balance de l’Éternel…

 

Je te louerai, Seigneur, pour toute la terre.

 

août 1979