SONNET DE L’ENFANT LÉGÈRE

 

Doreen, depuis le temps que vos cheveux d’automne,

Que vos yeux d’un bleu-vert comme la mer d’été

Ne m’environnent plus de leur chaude clarté,

Je traverse un pays de cendre monotone.

 

Vous étiez, selon l’heure ou l’humeur, tour à tour,

Rêveuse ou bien moqueuse, attentive ou lointaine,

Enfant au rire clair ou gentille marraine,

Mais, par songe ou sourire, adorable toujours.

 

O l’exquise amitié que j’eus pour vous naguère,

Tandis que nous voguions sur la vague légère,

Sans doute eût pu former des fruits délicieux.

À peine il en naquit le parfum d’une rose,

Que les vents, sitôt née, élevèrent aux cieux,

Source de pleurs charmants et de plaisir morose.

 

Londres, 1947 ?