LE BLASON DES MOIS, divertissement phonétique

 

JANVIER, pauvre Janvier n’est pas à envier. Je vois Jean s’égayer, tard éveillé. Aux bonnes gens plaît la vie de foyer.

 

FÉVRIER  donne la main à son frère Janvier. Qu’il fait frisquet par les sentiers mouillés ! Souffle un air bref en son flûtiau de chevrier : le voilà tout enfiévré.

 

MARS de marbre ? Non, car Mars a double face. L’une dit : armes ! L’autre : rames, rameaux, ramages… Mauvais mari, mais non sans âme : Mars est ami des arts.

 

AVRIL, havre de vie, ouvre un Ah : ravi. Et rit et rit sur cent mille pistils. – Aline, ma voisine, vous avez de beaux cils.

 

MAI, c’est AIME retroussé… Aimées, méfiez-vous des beaux chemins de mai. Les biens semés ne reviennent jamais.

 

JUIN. Ce mois est plein de jus et de jeux dans les foins. Mais il disjoint aussi vite qu’il joint.

 

JUILLET. C’est Juliette qui se trouble en oyant l’alouette. Elle et son Romeo, je les vois embrouillés, comme les fioles d’un huilier. Les nuits trop belles font les matins ennuyés.

 

AOÛT sous la lune hulule et conspue Jean et Lou, cachés dessous le pommier doux : bien fini, l’amour fou ! On se relève, le cœur flou, pour ouïr – mais où ? mais où ? – le premier Hou de l’Automne, arrivé là à pas de loup.

 

SEPTEMBRE gonfle les ceps des sèves les plus tendres. Le nombre Sept est sage, il enseigne à s‘entendre.

 

OCTOBRE roule sur ses deux O comme un char de vendanges, ruisselant d’ors qui sanguinolent. Gare à qui n’est pas sobre !

 

NOVEMBRE est tout vibrant de vents. Au vent des jours, au vent des ans novelleté s’envole. Et nous voilà pourtant, toujours novices, toujours rêvant.

 

DÉCEMBRE, bon dernier, tout gris, bien décevant ? Mais non ! Car dans les cendres, c’est Noël que l’on voit descendre !

 

1964-1997