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Jean-Paul II, Entrez dans l’espérance

éd. Plon-Mame, 1993, 330 pages

 

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Aujourd’hui je ne vous parlerai pas du livre d’un illustre inconnu : nous allons feuilleter le best seller de Jean-Paul II, Entrez dans l’espérance, un livre constitué par les réponses du pape aux questions du journaliste Vittorio Messori.

Dans l’introduction, ce journaliste explique la genèse du livre.

En vue d’une interview télévisée, il avait transmis une liste de questions à Jean-Paul II, qui y répondit par écrit. L’émission ne put avoir lieu, le pape étant débordé d’activités, mais ses réponses écrites aux questions constituèrent le présent livre. Le titre est du pape lui-même, il n’a pas été changé. Il y a 35 questions, mais le livre fait un ensemble, qui se tient plus ou moins. C’est donc vraiment un livre écrit entièrement par le pape. Le journaliste n’a ajouté ni notes ni commentaires, simplement cette préface. L’éditeur ajoute quand même quelques notes pour expliquer certains mots.

 

Les questions proposées par V. Messori sont uniquement religieuses : ni politiques, ni sociologiques, ni même cléricales. Il ne s’agit que des fondements de la foi, un sujet que l’Église elle-même délaisse trop souvent. Il me paraît vain de traiter de questions morales sans avoir commencé par affronter directement la question de la crédibilité de la foi aujourd’hui.

Jean-Paul II fut entièrement d’accord avec ce point de vue et vit dans cet entretien une occasion de proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.

Opinion d’un théologien sur ce livre : Écrit d’une seule traite – avec une vigueur et une spontanéité que certains timorés n’hésiteront pas à qualifier de généreuse imprudence  [j’ai bien regardé, je n’ai rien vu d’imprudent ! ] – ce livre nous donne accès au cœur même de cet homme auquel on doit tant d’encycliques, de lettres apostoliques et de discours officiels.

Pas de langue de bois, pas d’idéologie. V. Messori nous fait part d’un scoop : le pape a la foi !!! (mais on s’en doutait !)

Le pape affirme d’abord sa foi, il rappelle la splendeur de la vérité.

Par conséquent, n’ayez pas peur ! N’ayez pas peur du mystère de Dieu. N’ayez pas peur de son amour. Et n’ayez pas peur de la faiblesse de l’homme, ni de sa grandeur. L’homme ne cesse pas d’être grand, même dans sa faiblesse. N’ayez pas peur d’être les témoins de la dignité de chaque personne humaine, de l’instant de sa conception jusqu’à celui de sa mort.

Jean-Paul II rappelle que le Christ est présent en chaque chrétien, et que « vicaire du Christ », un de ses titres, sous-entend un service plutôt qu’une dignité.

 

Question sur la prière :

Qu’est-ce que la prière ? On pense généralement que c’est un dialogue. Dans un dialogue il y a toujours un je et un tu (…) L’expérience de la prière nous apprend que si au début le je nous semble l’élément le plus important, nous nous apercevons ensuite que la réalité est différente : c’est le Tu qui est le plus important, car notre prière a son origine en Dieu. (…) selon st Paul la prière reflète toute la réalité de la création : elle a donc en un certain sens une fonction cosmique. [Magnifiques propos !]

La prière est toujours une initiative de Dieu en nous.

La prière est toujours un opus gloriae, un ouvrage qui contribue à la gloire de Dieu. L’homme est le prêtre de la création (…) La créature accomplit l’opus gloriae du Seigneur en étant ce qu’elle est et en acceptant de devenir ce qu’elle est appelée à être.

Il ajoute que la science et la technique ont le même but, en principe, mais que dans notre civilisation elles s’éloignent de ce but (la gloire de Dieu), et c’est précisément pour cette raison qu’elle a tant de mal à être une civilisation de la vie et de l’amour.

Dieu se réjouit de la création.  Cette joie qu’il éprouve est communiquée par la Bonne Nouvelle qui nous annonce que le bien est plus fort que tout le mal présent dans le monde. Car le mal n’est ni originel ni définitif.

Le motif de notre joie réside donc dans le fait d’être capable de vaincre le mal et d’accueillir la filiation divine. Voilà l’essence même de la Bonne Nouvelle.

La joie de la victoire sur le mal n’occulte pas la réalité de la présence du mal dans le monde et en chaque homme. Cette perception se trouve au contraire avivée. L’Évangile apprend à appeler le bien et le mal par leurs noms, mais il nous apprend aussi que chacun peut et doit « être vainqueur du mal par le bien ».

 

Trois questions sur l’existence de Dieu amènent quelques pages de philosophie. Jean-Paul II comprend très bien que le judaïsme et l’islam, au nom de la majesté de Dieu, refusent l’idée d’un Dieu-Homme.

D’un certain point de vue, il est donc justifié de soutenir que Dieu est allé trop loin en se révélant à l’humanité, en exposant ce qu’il a de plus divin, c’est-à-dire sa vie intime : il s’est révélé dans son mystère.

 

À la question : « Le sacrifice du Christ pour sauver le monde était-il nécessaire ? », Jean-Paul II répond par un historique de la pensée européenne dans les derniers siècles : le rationalisme a placé Dieu en-dehors du monde, le monde n’a pas besoin de l’amour de Dieu, le monde est autosuffisant, et Dieu n’est pas en premier lieu amour.

Jésus-Christ, lui, affirme que Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique, ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais obtiendra la vie éternelle. Par conséquent, le monde ne peut pas donner le bonheur, nous délivrer de la souffrance et de la mort. La vie éternelle ne peut être donnée que par Dieu.

 

Suit la question bateau : « Si Dieu est amour, pourquoi tant de mal dans le monde ? », à laquelle Jean-Paul II répond bien sûr par le scandale de la croix : Même ceux qui aujourd’hui critiquent le christianisme en conviennent : ils reconnaissent eux aussi que le Christ crucifié est une preuve de la solidarité de Dieu avec l’homme qui souffre.

Et devant l’insistance du journaliste qui demande pourquoi Dieu ne peut pas éliminer le mal et la souffrance, il admet que Dieu est impuissant face à la liberté humaine.

 

Qu’est-ce que le salut ?

Sauver veut dire délivrer du mal. Même la mort n’est plus un mal irrémédiable puisqu’elle est suivie par la Résurrection.

La possibilité de la damnation éternelle est affirmée dans l’évangile sans qu’aucune ambiguïté soit permise. Mais dans quelle mesure cela s’accomplit-il réellement dans l’au-delà ? C’est finalement un grand mystère.

Par la croix et la résurrection de son fils, Dieu prend dans ses bras tous les hommes de tous les temps.

En somme c’est l’amour qui sauve.

Après ces hautes considérations, Jean-Paul II précise que tout en étant orienté vers la vie éternelle, vers le bonheur qui se trouve en Dieu, le christianisme n’est jamais devenu une religion indifférente au monde.

Et il cite les travaux du concile Vatican II, qui sont une action pour le salut du monde.

L’Église est le corps du Christ : corps vivant, donnant vie à toute chose.

 

Ensuite quelques questions sur les différentes religions : Vatican II, et Jean-Paul II, considèrent que le Saint-Esprit est à l’œuvre même en-dehors des structures visibles de l’Église. Ainsi dans les religions animistes (Afrique, Asie…), le culte des ancêtres ne ressemble-t-il pas à notre foi dans la communion des saints, c’est-à-dire dans le fait que les vivants et les morts forment un seul corps ?

Il passe ensuite en revue le bouddhisme, l’islam et le judaïsme : plus que des considérations théoriques, il évoque avec émotion des personnes qu’il a connues, notamment un juif qui était à l’école primaire avec lui, et encore maintenant ils sont amis.

 

Le christianisme va-t-il mourir ? demande le journaliste, les musulmans seront bientôt plus nombreux que nous ! Le pape répond avec bon sens que les chiffres n’ont ici aucun sens.

Toujours et partout l’évangile sera un défi à la faiblesse humaine. Mais c’est justement dans ce défi que réside sa force, car peut-être l’homme attend-il, dans son subconscient, un tel défi : ne possède-t-il pas en lui-même le besoin de se dépasser ? Ce n’est qu’en se dépassant que l’homme est pleinement humain.

L’évangélisation dès le début a été très active. Et il n’y a pas si longtemps, la moitié des prêtres de certains diocèses, notamment français, partaient en mission.

L’Église reprend chaque jour son combat contre l’esprit de ce monde.

Le Christ est toujours jeune. Le Saint Esprit est sans cesse à l’œuvre.

On parle souvent de la « nouvelle évangélisation » : Jean-Paul II précise qu’elle n’a rien à voir avec ce qui a été insinué par certaines publications, qui ont parlé de restauration ou bien qui ont lancé des accusations de prosélytisme, en manipulant dans un sens unilatéral et tendancieux les concepts de pluralisme et de tolérance.

Et il ajoute :  Que certains milieux, qui prétendent représenter l’opinion publique, soient pris d’une telle panique à la simple idée d’une nouvelle évangélisation, ne peut que donner à réfléchir…

Il se réjouit par contre de l’enthousiasme des jeunes, pour les pèlerinages par exemple :

Il existe donc aujourd’hui une demande explicite pour une nouvelle évangélisation. L’homme attend que l’annonce de l’évangile l’accompagne dans son pèlerinage sur la terre. Les jeunes attendent ce message pour se mettre en route. L’émergence de ce phénomène n’est-elle pas déjà un signe de l’an 2000 qui approche ?

À propos des jeunes, Jean-Paul II pense qu’ils sont porteurs d’un immense potentiel de bien et de créativité.

Plus j’avance en âge, plus les jeunes m’exhortent à rester jeune.

Il confie que quand il était jeune prêtre, il accordait la plus grande importance à l’amour humain, à la préparation des jeunes au mariage.

 

Interrogé sur la division entre chrétiens et sur les désillusions du dialogue œcuménique, Jean-Paul II, qui est intelligent donc positif, cite Jean XXIII :

Ce qui divise tous les fidèles du Christ a bien moins de poids que ce qui les unit (…)Vatican II est allé dans la même direction.

Tous en effet nous croyons au même Christ et cette foi est essentiellement l’héritage de l’enseignement des sept premiers conciles œcuméniques, tenus avant l’an 1000. Il existe donc des bases pour dialoguer, pour élargir l’espace de l’unité. Les divisions sont certainement contraires à tout ce que le Christ avait établi.

 

Le journaliste paraît sceptique sur le concile et ses suites. Jean-Paul II là aussi répond avec enthousiasme, en soulignant tout le travail accompli, les progrès réalisés, le Renouveau de l’Église. C’est, dit-il, une opinion très répandue et très fausse, de croire que le monde s’éloigne du pape et de l’Église, notamment au sujet de la morale sexuelle : il pense que ce qui est en jeu, pour l’avortement comme pour la contraception, c’est la vérité sur l’homme. Or l’éloignement de cette vérité ne constituera jamais un progrès.

À propos de l’avortement, Jean-Paul II évoque la philosophie du visage, d’Emmanuel Lévinas, philosophe juif : la personne se manifeste à travers le visage, le visage de tout homme qui devient une victime crie : Ne me tue pas !

 

Interrogé sur la dévotion mariale, JP2 évoque des souvenirs de jeunesse, sa découverte personnelle du rôle de Marie, dans les pèlerinages polonais.

Il parle ensuite de la dignité de la femme et déplore que dans notre civilisation la femme soit devenue un objet de jouissance.

N’ayez pas peur ! avait proclamé JP2 au début de son pontificat. L’amour de Dieu est exigeant, mais il ne nous demande rien d’impossible, et surtout il nous sauve. C’est vraiment une bonne nouvelle et nous pouvons, comme nous y invite Jean-Paul II, entrer dans l’espérance.

 

J’avoue que je ne suis pas une fan du pape, et que je n’ai jamais lu ses encycliques qui me paraissent plutôt rébarbatives… Mais ce livre me plaît : il parle de sujets essentiels dans un style très abordable, où on sent un homme vivant, enthousiaste, réfléchi, une pensée puissante. Il ne s’adresse pas seulement aux croyants : tout le monde peut le lire avec profit et je vous le conseille vivement !

 

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