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Pascal Pingault, Fioretti du Pain de Vie,

éd Le Sarment-Fayard, 1986, 200 pages

 

 

Pascal Pingault est l’auteur aussi de :

- Pain de vie, pain des pauvres, ou l’arbre à pain (des témoignages)

- Les nouvelles communautés,

- Le livre de vie du Pain de Vie (la règle et l’esprit de la communauté),

- Partager la pauvreté,

tous très intéressants, d’une profonde spiritualité et présentant un visage de l’Eglise très attirant.

 

Dans les Fioretti, il nous raconte les débuts de la communauté qu’il a fondée.

« Ce que nous avons vu et entendu, pourrait être le sous-titre de ce livre pour lequel je remercie Dieu d’abord ».

Telle est la première phrase de ce livre vivant, plein d’humour et d’amour de Dieu, qui raconte les débuts de la communauté du Pain de Vie, une des plus sympathiques parmi les communautés nouvelles issues du Renouveau charismatique.

 

En 1976, Pascal et Marie-Annick, jeune couple d’Évreux un peu marginal, généreux et très uni, se convertit subitement ainsi que leurs amis Bruno et France, et quelques autres personnes. Il leur faut du temps pour comprendre qu’ils doivent suivre la volonté de Dieu et non décider eux-mêmes de faire quelque chose pour lui.

Puis Pascal découvre la présence de Jésus dans le Saint Sacrement et par conséquent la nécessité de faire partie de l’Eglise. Malgré leur passé récent d’athées, toxicomanes ou anarchistes, leur évêque leur fait aussitôt confiance. La communauté du Pain de Vie était née, avec pour vocation l’adoration du Saint Sacrement et l’accueil des plus pauvres.

 

Peu après leur apparaît la nécessité d’une maison plus grande, car la communauté grandit. Pascal ressent cette certitude : nous devons acheter, et la maison coûtera 45 millions (anciens, évidemment). Cela paraît de la folie car ils n’ont pas du tout d’argent, mais le père abbé du Bec-Hellouin les encourage. Ils cherchent longtemps, ne trouvent pas, et finalement un jour en voiture demandent à Dieu un signe. Un magnifique arc-en-ciel apparaît aussitôt dans le ciel, ils avancent jusqu’au premier village, voient une magnifique maison à vendre, 12 millions. Mais ils n’en ont que 10 et abandonnent le projet.

« C’était vraiment un manque de foi. Comment peut-on demander à Dieu, et refuser ce qu’il nous donne ! Nous en avons tiré par la suite un riche enseignement ».

Après diverses péripéties passionnantes, ils trouvent finalement à L’Aigle, dans l’Orne, une maison à…45 millions.

Toute cette aventure les a entraînés à la foi et à l’obéissance. Dans la suite du livre, nous verrons qu’ils ont eu beaucoup d’autres occasions de s’y exercer.

Quand la maison de L’Aigle à son tour devient trop petite, l’évêque de Bayeux, Mgr Badré, leur fournit un ancien séminaire avec cent chambres, à Sommervieu près de Bayeux. Il le leur prête seulement, car les membres de la communauté font vœu de pauvreté et ne peuvent rien posséder.

 

Entre temps, ils ont commencé à faire l’adoration perpétuelle. Ils ouvrent aussi à Lisieux une maison pour accueillir les clochards.

« Là où est Jésus, là sont les pauvres. Il les attire comme un aimant parce que, ici-bas, les vrais pauvres n’ont plus grand monde sur qui s’appuyer. Aussi, mus par une attraction qui les dépasse le plus souvent, ils se rassemblent autour du Christ. Regardez aux alentours de certains lieux de pèlerinage, ou auprès de certaines communautés, la densité de gens perdus ! La vie de Jésus est indissolublement liée à celle des pauvres. Ce fut la grâce toute simple de nos débuts : les premiers convertis étaient de ces pauvres-là et le demeurent. Nous venions tous de l’alcool, de la drogue, de l’errance, de toutes sortes de déviances ».

« C’est un mystère qui m’a toujours intrigué : comment cette Bonne Nouvelle du Christ, rendue vraiment vivante au milieu du monde, peut-elle laisser finalement indifférent un si grand nombre de personnes ? »

Certains refusent le salut, d’autres guérissent peu à peu, grâce à l’amour inconditionnel, ferme et délicat reçu dans la communauté.

Un jour, une assistante sociale dit à Pascal :

« Mais enfin, Pascal, il n’y a pas de pauvres ici. Où sont les prostituées, les assassins, les malades mentaux ? Vous avez tous la même tête ! »,

et Pascal commente :

« Ce fut le plus beau compliment sur la communauté qu’on m’ait jamais fait ! »

L’adoration guérit beaucoup de personnes et l’auteur cite de très beaux témoignages sur ce sujet.

                       

 

Il raconte ensuite la Pentecôte des Pauvres : en mai 1983 la communauté organise à Sommervieu, pour la Pentecôte, une grande fête entièrement gratuite où tous les pauvres sont invités (les autres aussi).

« Nous avons vécu à 5 000 pendant trois jours autour de Jésus sans demander 1 centime à personne sauf à Dieu ».

Il a fallu tout de même un an de préparatifs, emprunter des tentes et du matériel de l’armée pour loger tout le monde, en prévoyant bien sûr de loger les malades et les vieillards dans la maison. On attendait des handicapés physiques et mentaux, des drogués, des malades, des gitans, des personnes sortant de  la prostitution ou de l’alcool. Personne ne s’étant inscrit, ils ignoraient s’il fallait prévoir de la nourriture pour 500 ou pour 10 000. Plus d’un mois avant la date de la fête, la pluie n’a pas cessé de tomber, et la fête doit se passer dehors ! Tout est détrempé. Le samedi, rien n’est vraiment prêt et il pleut toujours.

En fait, tout s’est passé à la perfection.

« Le baptême de boue a été l’outil contradictoire que Jésus a utilisé pour révéler le fond des cœurs. Le vrai soleil, lui, était là ».

« La Paix de Dieu reposait sur le camp ».

Le dimanche il faisait soleil, la boue a séché en quelques heures alors que les spécialistes avaient prévu quinze jours. Il n’y a eu aucun vol dans la maison, aucun dégât dans le matériel emprunté, aucun incident alors que tout était conjugué pour les pires catastrophes (l’infirmerie n’a eu à soigner qu’une ampoule !) Ils ont pu payer toutes les dépenses sans avoir rien à demander à personne. Les pauvres ont évangélisé, et présenté des spectacles. Au cours de la messe du dimanche, qui a duré trois heures, au moment du baiser de paix une Palestinienne, un Libanais et un Israélien se sont embrassés.

Bref, ces trois jours ont été un moment de grâce extraordinaire. J’y étais, et je peux dire que c’est vrai ![1]

 

La communauté a appris peu à peu à faire vraiment confiance à la Providence.

Un jour leur voiture tombe en panne. Il faut 4 000 francs pour changer le moteur, ils n’ont évidemment pas un sou, et trois jours après ils doivent partir pour un voyage d’évangélisation. Que faire ? Pascal et Bruno, pleins de confiance en Dieu, portent la voiture au garage. Les frères et sœurs sont furieux de ce comportement irresponsable mais Pascal les persuade de faire confiance au Seigneur, et « dans les trois jours un chèque de 1000 francs et un autre de 3000 sont arrivés ! C’était réglé ! L’argent ne nous a plus jamais causé de problèmes communautaires ! »

Un autre jour, « le bilan des impayés s’élève à 23 613 francs et nous n’avons plus de fuel ».

Le lendemain on leur donne des bijoux dont la valeur est estimée à 23 000 francs.

Pendant plusieurs chapitres délicieux, l’auteur raconte des histoires du même genre. Dieu envoie toujours exactement ce qu’il faut au moment où il faut, mais à condition qu’ils aient confiance en lui et qu’ils n’oublient pas de donner aux pauvres la dîme de tout l’argent qu’ils reçoivent. On leur donne aussi en nature les objets dont ils ont besoin, sans qu’ils demandent jamais rien à personne sauf à Dieu, et Dieu pourvoit à tout, graines de fleurs, vélos pour les enfants, chaussures à la bonne pointure, caisses de pommes ou chèques de 10 millions, tout arrive au bon moment.

Dieu se manifeste aussi plusieurs fois à propos d’une explosion de gaz, de chaudières défectueuses et autres accidents domestiques qui auraient été graves sans son intervention visible et miraculeuse. Cela peut heurter notre mentalité moderne mais il est évident que ces gens ne sont pas des illuminés, ils ont bien les pieds sur terre et paraissent extrêmement normaux et équilibrés.

« Eh bien non, Dieu n’est pas mort ! Il est vivant, agissant aujourd’hui comme hier, en maître souverain ».

 

La communauté du Pain de Vie a essaimé un peu partout en France et dans le monde, accueillant partout les plus pauvres.[2]

Des célibataires, des familles, des religieuses, des prêtres y vivent ensemble une vie monastique. Les offices sont ouverts à tous (leurs chants sont très beaux).

Ce livre est pittoresque, profond et très agréable à lire, illustré de photos et de dessins humoristiques de Pascal Pingault.

 

                                                

                                         

adresses des sites de la Communauté :

 

www.pingault.org

www.en-quete.net

www.maison-des-enfants.net

www.koirategui.com/



[1] Jacques Marin et Daniel-Ange étaient là, mais n’ont pas parlé. Il y a eu un lâcher de ballons, un cracheur de feu, des témoignages, des diapos sur Robert Naoussi, etc. Tout le monde marchait dans la boue, avec des sacs plastiques autour des chaussures et des sourires radieux. Il me reste surtout l’impression de cette foule sereine et fraternelle au milieu de la boue !

Le lundi, la messe était à la basilique de Lisieux, puis quand chacun est parti, les gens de la communauté distribuaient du pain à tout le monde, car apparemment il s’était multiplié…

[2] Ils sont au Pérou, en Inde, en Afrique chez les lépreux, en Hongrie, au Canada, en Israël etc etc